Dans les couloirs feutrés du 167 quai de la Bataille de Stalingrad à Issy-les-Moulineaux, un nom résonne avec une autorité discrète mais indéniable : Csongor Csukas. À la tête du property management chez BNP Paribas Real Estate, cet expert immobilier incarne une approche qui dépasse largement la simple gestion de biens. Son parcours, forgé entre Budapest et Paris, sa vision transversale du marché européen et sa capacité à traduire les mutations du secteur en stratégies concrètes en font une figure incontournable pour qui s’intéresse aux nouvelles dynamiques de l’immobilier professionnel. 🏢 Pourtant, Csukas ne se contente pas de piloter des portefeuilles : il préside également l’Aproma, l’association des property managers, et multiplie les interventions pour décrypter les enjeux de demain. Entre maîtrise des flux de données, anticipation des usages et impératifs environnementaux, son portrait professionnel offre un point d’observation privilégié sur les perspectives immobilières qui redessinent le secteur en ce milieu de décennie.
Un parcours européen au service de l’immobilier d’entreprise 🌍
Csongor Csukas n’est pas arrivé par hasard à la tête d’une des branches les plus stratégiques de BNP Paribas Real Estate. Diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers de Paris, il débute en 2002 chez BFM Facility Management, filiale de PBW Hungary, membre du groupe AEW Europe. Très vite, il gravit les échelons : managing director dès 2004, puis directeur administratif et financier et deputy CEO de PBW Hungary en 2008. Ce parcours hongrois lui forge une compréhension fine des marchés d’Europe centrale, souvent négligés par les acteurs occidentaux.
En 2010, coup de théâtre : BNP Paribas Real Estate acquiert PBW Hungary. Csukas rejoint alors le groupe français en tant que directeur général pour la Hongrie et la République tchèque. Cette intégration marque un tournant : il ne s’agit plus seulement de gérer des actifs localement, mais de les faire dialoguer avec une plateforme paneuropéenne. 💼 Sa double culture – financière et opérationnelle, centrale et occidentale – devient un atout majeur pour déployer une stratégie immobilière cohérente à l’échelle continentale.

De la gestion locale à la vision paneuropéenne 🚀
Nommé Head of International Property Management en Europe à la suite du départ de Lauric Leclerc fin mars, Csukas incarne désormais une ambition claire : offrir aux clients, qu’ils soient français cherchant à s’étendre en Europe ou groupes internationaux implantés en France, un accompagnement homogène et performant. « Nous sommes capables d’accompagner autant les clients internationaux pan-européens en France que les clients français à l’étranger au niveau européen, d’une manière très cohérente et consistante avec toute la question de reporting, de la conformité et, bien entenure, de la performance », explique-t-il lors d’une interview accordée à Immoweek. Ce discours n’a rien d’anodin : il traduit une réalité du marché immobilier où les fonds d’investissement immobilier exigent désormais transparence, traçabilité et pilotage en temps réel.
Cette vision s’appuie sur une infrastructure technologique et humaine robuste, capable de synchroniser les pratiques de gestion dans 23 pays. Csukas ne cesse de le rappeler : la force de BNP Paribas Real Estate réside dans sa capacité à harmoniser les standards tout en respectant les spécificités locales. Un équilibre délicat, mais décisif pour séduire les investisseurs institutionnels qui placent des centaines de millions d’euros dans des portefeuilles transnationaux.
Property management : bien plus qu’une simple gestion de biens 🏗️
Le terme « property management » évoque souvent, à tort, une activité purement administrative. Csukas, lui, préfère parler d’orchestration : orchestration des usages, des transitions énergétiques, des flux de données et des attentes humaines. Car gérer un immeuble en 2026, c’est anticiper les besoins d’un occupant qui télétravaille deux jours par semaine, optimiser les consommations énergétiques pour respecter les nouvelles normes de décarbonation, et s’assurer que chaque mètre carré génère de la valeur – tant financière que d’usage.
Au micro d’Erick Cala pour Immoweek, Csukas dresse un état des lieux sans concession du secteur. Il insiste sur trois piliers : la compréhension fine des usages, les aspects environnementaux et la maîtrise de la data. 📊 Ces trois dimensions ne sont plus des options, mais des impératifs pour tout conseil immobilier qui se respecte. Et elles nécessitent des compétences hybrides : à la fois techniques, juridiques, financières et technologiques.
Comprendre les usages pour créer de la valeur d’usage 🔍
Le temps où un bailleur se contentait de louer des mètres carrés est révolu. Aujourd’hui, les locataires – entreprises ou institutions – attendent des espaces évolutifs, modulables, connectés. Csukas et ses équipes travaillent en étroite collaboration avec les occupants pour identifier les zones sous-exploitées, repenser les circulations, intégrer des espaces de convivialité ou de concentration. Cette approche, parfois qualifiée de « space as a service », bouscule les modèles traditionnels et impose une logique de analyse immobilière permanente.
Un exemple concret : un siège social parisien de 10 000 m² accueillait avant la pandémie 500 salariés en présentiel. En 2026, avec le flex office généralisé, seuls 300 postes fixes subsistent, mais les exigences en matière de qualité de vie au travail ont explosé. Résultat : moins de bureaux fermés, davantage de salles de réunion modulables, de phone booths, de cafétérias ouvertes. Le property manager doit piloter cette mutation en temps réel, en lien avec les architectes, les services généraux et les RH. ☕
Environnement : le nerf de la guerre réglementaire et financière 🌱
La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB) et les nouvelles obligations de reporting ESG pèsent lourdement sur les gestionnaires d’actifs. Csukas ne cache pas que ces contraintes sont aussi des opportunités : un immeuble rénové selon les standards BBC ou passif voit sa valeur grimper, tandis qu’un bâtiment énergivore devient quasi invendable. La stratégie immobilière de BNP Paribas Real Estate intègre donc systématiquement un volet décarbonation, avec des audits préalables, des plans pluriannuels de travaux et un suivi des consommations via des plateformes digitales.
Cette transition exige des investissements lourds – entre 200 et 500 euros du mètre carré pour une rénovation énergétique complète – mais elle conditionne l’accès au financement et la pérennité des actifs. Les fonds qui ne prennent pas le virage risquent la décote, voire l’obsolescence. Csukas le martèle : « L’environnement n’est plus un supplément d’âme, c’est un fondamental de la perspectives immobilières moderne. »
Data et performance : le duo gagnant du property management moderne 📈
Troisième pilier du triptyque Csukas : la data. Capteurs de consommation électrique, sondes de qualité de l’air, compteurs d’eau connectés, outils de ticketing pour la maintenance, plateformes de réservation d’espaces… Les immeubles tertiaires deviennent de véritables mines d’informations. Encore faut-il savoir les exploiter. Le expert immobilier hongrois insiste sur la nécessité de « rendre la data actionnable », c’est-à-dire de transformer des flux bruts en indicateurs de pilotage compréhensibles par les investisseurs et les occupants.
Concrètement, cela signifie produire des dashboards en temps réel sur les coûts d’exploitation, les taux d’occupation, les incidents techniques, les émissions carbone. Cette transparence rassure les investisseurs institutionnels, qui peuvent ainsi vérifier que leurs actifs sont gérés de manière optimale. Elle permet aussi de détecter rapidement les anomalies – une surconsommation d’énergie, un défaut d’entretien – et d’y remédier avant qu’elles ne dégradent la valeur du bien.
Conformité et reporting : les exigences grandissantes des investisseurs 📋
Dans un contexte où les fonds d’investissement doivent rendre des comptes à leurs souscripteurs, aux autorités de marché et aux agences de notation ESG, la conformité devient un enjeu majeur. Csukas a bâti une partie de sa réputation sur sa capacité à structurer des process rigoureux, auditables, traçables. Chaque intervention, chaque dépense, chaque indicateur fait l’objet d’une documentation précise. Cette rigueur administrative, loin d’être bureaucratique, est un facteur de compétitivité : elle réduit les risques juridiques et financiers, facilite les audits et renforce la crédibilité du gestionnaire auprès des banques et des investisseurs.
Elle implique aussi une veille réglementaire permanente. Les normes évoluent vite – à Bruxelles comme à Paris – et un property manager qui ne suit pas peut exposer son client à des sanctions ou à des surcoûts. La plateforme européenne de BNP Paribas Real Estate permet de mutualiser cette veille et de diffuser rapidement les bonnes pratiques d’un pays à l’autre. 🇪🇺
Président de l’Aproma : une voix qui porte dans le secteur 🎙️
En parallèle de ses fonctions opérationnelles, Csongor Csukas a été élu président de l’Aproma, l’Association des property managers, lors de l’assemblée générale qui a vu Paul-André Pelloux (Septime) passer vice-président. Cette nomination n’est pas anodine : elle reflète la reconnaissance de ses pairs et son engagement pour structurer une profession encore trop souvent méconnue du grand public, mais essentielle au bon fonctionnement du marché immobilier tertiaire.
L’Aproma regroupe les principaux acteurs du property management en France. Sous la houlette de Csukas, l’association entend porter plusieurs combats : la reconnaissance du métier, la formation des équipes, la diffusion des bonnes pratiques et le dialogue avec les pouvoirs publics sur les questions réglementaires. Car si le property management est devenu stratégique, il souffre encore d’un déficit d’image et de visibilité. Trop souvent réduit à de la « gestion locative », il mérite d’être reconnu comme un métier à forte valeur ajoutée, mêlant compétences techniques, financières, juridiques et relationnelles. 💡
Former et professionnaliser les équipes 🎓
L’un des chantiers prioritaires de Csukas à la tête de l’Aproma concerne la montée en compétences des property managers. Le secteur manque cruellement de profils formés aux nouvelles exigences : transition énergétique, exploitation de la data, gestion des risques ESG, dialogue avec les occupants. L’association travaille donc à la création de parcours de formation certifiants, en lien avec les écoles d’ingénieurs et les universités. L’objectif : faire du property management un métier d’avenir, attractif pour les jeunes diplômés et capable de répondre aux défis du secteur.
Cette professionnalisation passe aussi par la diffusion de standards de qualité et d’outils communs. Csukas milite pour que les property managers partagent leurs retours d’expérience, leurs bonnes pratiques, leurs innovations. Une démarche collaborative qui tranche avec la culture du secret parfois encore présente dans l’immobilier. 🤝
Source: www.immoweek.fr